Emile POULAT et Dominique DECHERF, Le christianisme à contre-histoire, édition du Rocher, 2003.
Compte-rendu par Armand Beauduin
Qu'est-il arrivé à l'Eglise pour que la modernité sortie du christianisme ait fait de lui un étranger à notre monde ? Après avoir dominé le mouvement de l'histoire, elle assiste à une histoire qui se fait sans ellequand ce n'est pas contre elle.
C'est la question qui occupe Emile Poulat et son interlocuteur dans ce livre dialogue qui a les faiblesses et les richesses de son genre littéraire fait de sinuosités, de propos et de contre-propos.
Emile Poulat suit les étapes de ce processus d'"estrangement" entre le monde de l'Eglise et celui de la société : la Renaissance, la Révolution tour à tour bourgsoise, politique, scientifique. Il est aussi introduit pour ce faire dans l'histoire de l'Eglise que dans l'analyse de la société. Il avait déjà abordé le même sujet dans des publications précédentes : L'Eglise, c'est un monde, Le Cerf, 1986; L'Ere postchrétienne, Flammarion, 1994; Où va le christianisme ? A l'aube du troisième millénaire, Plon-Mame, 1996.
Le christianisme ne s'est jamais accomodé ni du libéralisme ni du socialisme qui ont dominé la scène de l'histoire des deux derniers siècles, il a échoué à faire prévaloir la trosième voie d'un catholicisme intégral. Il a marché à contre-courant. Mais c'est aussi dans sa nature d'être à contre-histoire.
Nous avons besoin aujourd'hui d'un profil plus modeste qui ressemblerait à celui que la Lettre à Diogène dessinait pour les premières communautés chrétiennes. Il nous faut penser à nouveaux frais ce qu'il en est de la condition d'être dans le monde sans être du monde. Le christianisme peut y trouver des ressources dans sa mystique qui n'est pas moins critique de son appareil institutionnel que la critique rationnelle ainsi que dans sa littérature apocalyptique qui la défend contre la privatisation de la religion. l'immanence de sa présence au monde peut aller avec l'imminence de l'espérance des derniers temps que ses vieux adversaires ont échoué à lui substituer.
L'auteur professe avec Balzac et le Cardinal Veuillot "vous voyez ce qui meurt, vous ne voyez pas ce qui nait" mais il ne veut pas cacher "les difficultés qui attendent tout ce qui veut vivre" (p.204).
Un propos stimulant qui donne à penser.